Chroniques annemassiennes

Juin 1940, il y a 80 ans, le Général de Gaulle prononce son premier discours à la BBC, l'Occupation se profile et les Français subissent les assauts aériens. Afin de partager avec vous la mémoire de cette époque, nous vous proposons jusqu'à septembre un article par mois sur Annemasse durant la Seconde Guerre mondiale. Ce mois-ci, découvrons les antifascistes italiens à Annemasse...

Annemasse en 39-45, volet 2/4 : Les Italiens à Annemasse

10 juin 1940 déclaration de guerre de l’Italie à la France

Cette déclaration de l’Italie suscite l’inquiétude car les Italiens sont nombreux à vivre à Annemasse. Déjà au 19ème siècle, Annemasse est un lieu d’échanges et de migrations mais c’est surtout après la guerre de 14-18, que le phénomène s’accentue. La main d’ œuvre vient à manquer et les Italiens se font embaucher dans les secteurs qui peinent à recruter tels que l’industrie ou la construction mais aussi dans le commerce, l'habillement, l'ameublement, etc. En l'espace de deux ans seulement, entre 1926 et 1927, près de 500 italiens s'installent à Annemasse. Mais les immigrés ne constituent  pas une population homogène, en particulier du point de vue des idées politiques.

 

 

Activisme politique et antifascisme

En 1904, après avoir été expulsé de Suisse, un certain Benito Mussolini fait un séjour à Annemasse pendant 2 mois. Pour autant, les Italiens d’Annemasse ne sont pas tous partisans du fascisme, loin s’en faut. Parmi les immigrés entre 1920 et 1930, se trouvent notamment des démocrates qui ont fuit le fascisme en Italie. Nous savons par les rapports du Commissariat spécial, que déjà avant-guerre, les cercles politiques sont étroitement surveillés. D'après Mino Faïta, « avec l’avènement du fascisme, les espaces frontaliers demeurent des lieux particulièrement sensibles. Annemasse, le Chablais, Chamonix sont de véritables plaques tournantes de l’activisme politique ». Une illustration de l'activisme antifasciste est la publication de la feuille locale « l’Avanguardia », imprimée à Annemasse par Albert Grandchamp. Pour mieux comprendre le sentiment qui animait les antifascistes, vous pouvez cliquer sur l'image à gauche et lire ce manifeste communiqué à la Mairie d'Annemasse en 1940. 

 

Les Italiens d'Annemasse et la Résistance

Au début des années 30, les antifascistes italiens d’Annemasse et de Genève ont voulu proposer une alternative aux centres de vacances des «fasci all'esterno» (groupes fascistes à l'étranger). Ils ont fondé  une colonie de vacances «les Feux Follets» à Saint-Cergues. La colonie va devenir un lieu d'accueil pour des familles antifascistes italiennes et des enfants juifs. Pendant la guerre, elle offre aussi une halte à plusieurs résistants avant leur passage clandestin en Suisse.

Il faut d'ailleurs se rappeler que parmi les résistants, un certain nombre sont des exilés italiens. Les patronymes sur les plaques commémoratives et le monument aux morts d'Annemasse en témoignent. Parmi les noms, nous pouvons lire ceux de Lauro et Renato Tassile, morts pour la France. Nés en Italie et ayant grandi à Annemasse, au «Clos Fleury», les frères Tassile s'étaient engagés tous les deux au sein des Francs-tireurs et partisans. L'un et l'autres mourront en mars et avril 1944, tués par les Groupes Mobiles de Réserve. À Annemasse, une stèle leur est dédiée.

 

L’Occupation italienne à Annemasse. Les militaires italiens s'installent en novembre 1942 à l’hôtel des Bains et à l’hôtel du Pax. Les opposants sont incarcérés en face de cet hôtel dans la prison centrale, 21 rue de la gare.  L'Occupation italienne durera jusqu'en septembre 1943, date à laquelle l’Italie change de camp. Les soldats italiens tentent alors une fuite vers la Suisse. Certains deviendront prisonniers des Allemands qui reprennent le contrôle d' Annemasse.

Sources

 1. Faita Mino, La vie rêvée des Italiens : un siècle de présence italienne dans les deux Savoie 1860-1960.

2. Guichonnet Paul , Mussolini à Annemasse janvier-février 1904, Cahier d’Histoire n°XXIII, p 107-117

3. AMOUDRUZ Robert, GAVARD Guy. -Annemasse, la frontière et Genève : 1939-1945, une histoire singulière, page 168.