Patrimoine bâti et espaces publics

Juin 1940, il y a 80 ans, le Général de Gaulle prononce son premier discours à la BBC, l'Occupation se profile et les Français subissent les assauts aériens. Afin de partager avec vous la mémoire de cette époque, nous vous proposons jusqu'à septembre un article par mois sur Annemasse durant la Seconde Guerre mondiale. Ce mois-ci, découvrons l'organisation de la Défense passive...

Annemasse en 39-45, volet 1/4 : La Défense passive

De quoi s'agit-il ?

En opposition à la «Défense active», la Défense passive couvre le vaste volet de la protection individuelle et collective des populations : diminuer les pertes en vies humaines, restreindre les dégâts causés par les bombardements, faire face aux engins explosifs incendiaires ou toxiques. Ce concept est développé dès 1931. Un vaste maillage humain est alors mis en place, allant du Ministre de l’Intérieur à la foule des volontaires «anonymes». Les instructions se multiplient à partir de 1938. Pour les autorités civiles, préfectures et communes, seul mot d’ordre : mettre à l’abri – se mettre à l’abri.

De son côté, la population applique les consignes : stock de sable, limitation de l'éclairage, occultation des portes et fenêtres. La tranchée permanente est le premier modèle proposé pour la mise à l'abri de la population. Elle répond aux exigences du « tracé à crémaillère », dont les parois doivent être coffrées par des dalles de béton armé. Creusée à deux mètres de profondeur, accessible par un escalier, son installation doit être éloignée des habitations pour ne pas subir les effets d'écroulement d'immeubles tout en étant à moins de 300 mètres du lieu de résidence des usagers.

La Défense passive à Annemasse : un serpent de terre à jamais enfoui

Le préfet, nomme, sur proposition du maire Claudius Montessuit, l'architecte Georges Roimarmier, directeur urbain de la Défense passive d'Annemasse. Assisté de six responsables de secteurs et de cinquante-trois chefs d’îlots, choisis parmi tous les corps de métiers, il élabore un « plan d’alerte simplifié », et propose, dès 1936, la construction de deux abris anti-aériens permanents, au jardin public : l'abri retrouvé au parc Montessuit et route de Bonneville. L’armistice de juin 1940 arrête tout. La proximité de la Suisse éloigne le risque de bombardement aérien sur Annemasse, ajournant toutes constructions.

Les efforts sont portés sur le matériel de défense contre les incendies et la consolidation de quelques caves, dont celles de l’hôtel de ville et des écoles. Ayant dû assurer vingt-six alertes, Georges Roimarmier, obtient fin 1942, la dotation nécessaire pour la construction des abris. Mais éprouvé par l’indifférence du public, les difficultés administratives, notamment avec le maire Marcel Collardey et les Ponts et Chaussés, qui ne règlent pas ses honoraires, il démissionne en 1943. Claude Perillat, directeur de la banque Laydernier, est sollicité pour le remplacer. En même temps qu'il signe les marchés de travaux des entreprises, il attire l’attention des autorités civiles sur les constructions, qui, estime-t-il, ne « mettent à l’abri qu’un dixième de la population »

Sont confiés en urgence, fin 1943, aux architectes, Maurice Pacthod et Pierre Magnin, la construction d'autres abris, pour la protection des élèves des écoles d'Annemasse – les abris de la place de la Libération - et le secteur de la gare. Les dossiers ne sont approuvés qu'en juillet 1944. Le débarquement des Alliés a déjà eu lieu. Annemasse est libéré le 18 août suivant ! De ces onze abris, certains n'auront été que projetés, d'autres terminés tardivement, en septembre 1945, pour être aussitôt comblés...oubliés. Et ressurgir, au gré des travaux de voirie.

 

En 2007 et 2009, des travaux effectués rue du Parc et place de la Libération révèlent des abris pour la population, construits dans le cadre de la Défense passive.